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Contribution : Audace et ténacité !

Audace et ténacité !

Contribution présentée par Agir en Jeunes Socialistes et Erasme

 

Les animateurs/trices fédéraux : Jérémy Loncle (02), Camille Jean (07), Léo Lachambre (21), Charlène Minon (22), Romain Entat (26), Basile Imbert (30), Alison Paquette (36), Julien Lesince (45), Arthur Kobiela (49), Loick Mercier (56), Simon Josserand (71), Paul Murat-Craïs (82), Guillaume Fourgeaud (87), Manon Flamand (89), Angélique Susini (94).

 

Les coordonnateurs/trices régionaux : Prudence Adjanohoun (Bourgogne Franche-Comté), Romane Baudet (Bretagne), Yann Chaillou (Centre Val de Loire), Mathilde Fouchet (Centre Val de Loire), Aykel Garbaa (Pays de la Loire), Marie Rolland (Bourgogne Franche-Comté).

 

Les membres du Bureau National : Pauline Blanc, Elise Dacosse, Matthieu Jouvet, Charlotte Martinon-Uro, Jérémy Pinto, Olivier Trapani.

 

Les membres de la Commission Nationale d’Arbitrage : Yasin Amrouche, Samir Lassoued, Sébastien Jehanno, Caroline Le Bert.

 

Et leurs suppléants : Clémence Bonnin, Grégoire Chapuis, Vincent Jurek, Athenais Kouidri, Grégoire Paccou, Kévin Pichenet.

En 1993 déjà Michel Rocard appelait à un véritable « big-bang » de la gauche. La gauche venait de connaître une déroute historique et les commentateurs pariaient à dessein sur la mort du Parti Socialiste.

Pourtant, il n’en fut rien. La famille socialiste et sociale-démocrate renaît de ses cendres et obtient, en 1998, la majorité à l’Assemblée Nationale. La gauche gouverne alors en ouvrant de nouveaux droits et permet de véritables progrès sociaux comme la Couverture Maladie Universelle ou encore le partage du temps de travail avec les 35 heures.

Mais si les enseignements de l’histoire nous invitent à la volonté de l’optimisme, nous devons néanmoins mesurer les défis qui se dressent pour reconstruire une nouvelle gauche de gouvernement audacieuse. La situation n’est évidemment plus la même – le paysage politique est bouleversé – et les ressorts du vote ont profondément changé : volatilité des opinions, affiliation partisane affaiblie, mutations des formes d’engagement …

Assurément, nous sommes de ceux qui pensons que le socialisme n’est pas mort car les valeurs font encore sens et l’action publique ne se conduit pas sans valeur.  Le parti n’est qu’un outil, il devra être révolutionné. Plus que jamais, les Françaises et les Français ont besoin d’une alternative de gauche crédible, pragmatique et ambitieuse, débarrassée des tentations démagogiques.

Aujourd’hui, c’est bien l’ensemble de la gauche qui est en difficulté et qui doit ré-interroger son projet. Il s’agit d’explorer l’attente de l’électorat socialiste et au-delà de toute la gauche à qui de nouveaux repères, de nouveaux chantiers peuvent être ouverts. Si cet électorat s’est porté, hier “par stratégie” (par “vote utile” ?) sur les candidatures de Macron ou de Mélenchon, il nous faut pour autant demain construire une nouvelle offre politique distincte et qui ne s’aligne pas sur l’un ou sur l’autre dont nous ne partageons pas les projets de société. Souscrire parfois à quelques mesures sectorielles ne remplace pas un récit plus global. La question des alliances n’est pas la priorité. Elle ne deviendra centrale qu’à partir du moment où la famille socialiste assumera son identité et redéfinira l’idée d’une gauche de l’émancipation.

C’est à nous, jeunes socialistes, de participer activement à la reconstruction de la famille socialiste. Cette reconstruction, cette refondation, collective, est nécessaire. Elle prendra du temps et de l’énergie mais si nous sommes lucides sur nos échecs et unis dans la diversité de nos idées, rien ne pourra arrêter la reconstruction de notre famille politique.

  1. Tirer les enseignements d’une séquence politique inédite 

L’avènement à la Présidence de la République d’Emmanuel Macron est le résultat de nombreux facteurs additionnels dont aucun ne suffit à lui-même. Mais cette ascension fulgurante mérite de considérer l’état de l’opinion dans l’approche du clivage gauche/droite, ainsi que la crise démocratique et institutionnelle qui interroge la place des partis et des idées face aux simplifications.

A – La fin du bipartisme, une opportunité ?

La victoire d’En Marche est inédite. Jamais sous la Vème République, la mécanique du bipartisme n’avait cédé face aux assauts d’une troisième force politique. Voilà des mois qu’à coups de Unes de journaux, d’experts auto-proclamés, de supers champions auto-désignés, on voudrait nous faire croire que tout est déjà écrit à l’avance. L’ultra-médiatisation de ce qui a été présenté comme une nouveauté sur la forme – mais qui ne l’est pas sur le fond – a participé de ce mouvement d’intérêt de l’opinion.

Le Mouvement d’Emmanuel Macron s’est présenté comme incarnant le renouveau politique, loin des élus qui le sont parfois depuis des décennies. On peut alors penser que le dégagisme prôné par d’autres a pu trouver réceptacle chez En Marche par les électeurs et les électrices motivés par l’idée du renouvellement sans céder toutefois aux sirènes du radicalisme. Pourtant, bien des élus portant à ces élections l’étiquette En Marche étaient déjà élus ou engagés auparavant.

Cette façon de bousculer le jeu politique peut être une opportunité pour la gauche dans la manière de renouveler son offre et ses pratiques. Il faudra demain, pour que la gauche se reconstruise, qu’elle soit mieux connectée avec les associations, la société civile, que les idées qu’elles portent le soient de façon transversale, confrontée aux réalités du terrain.

Au-delà de la forme, nous contestons le fond, l’idée que le clivage gauche-droite est inopérant. Si l’alternance politique que nous connaissons fréquemment d’une élection à l’autre est – force est de le constater – l’expression du mécontentement des citoyens, En Marche jouit aujourd’hui d’une “carte blanche” car n’ayant jamais été aux responsabilités, il faudrait ainsi en quelque sorte lui laisser sa chance.

En Marche a fait campagne sur des postures politiques, affirmant vouloir rassembler les “bonnes volontés” de Droite comme de Gauche autour du projet du candidat. Après cette posture “Ni de droite, ni de gauche”, Emmanuel Macron utilise un positionnement désormais plus flou : “progressistes contre conservateurs”. Force est de constater que les français ont vu en cela la réponse à l’entrave de postures prises lors du précédent quinquennat et qu’ils considèrent comme politiciennes.

 

A cela, il faut des idées nouvelles sur lesquelles rassembler mais en assumant son identité. Vouloir travailler avec chacun ne doit pas conduire à nier les singularités et empêcher de porter un projet de société partagé avec le plus grand nombre.

Le dépassement des clivages n’est pas leur effacement.

Les premiers mois du gouvernement ont prouvé que le clivage droite-gauche est encore bien réel et qu’une politique éducative, économique et sociale de droite, ne ressemble en rien à une politique de gauche. Nous ne pouvons ainsi que nous inquiéter des profils qui occupent des postes-clés au gouvernement (Économie, Éducation, etc).

Enfin, on ne saurait analyser ces élections sans penser et réagir à la présence du Front National au second tour de l’élection présidentielle. La banalisation ayant accompli ses effets, depuis le 21 avril 2002, où les réactions populaires furent fortes et intenses, l’électorat semble s’être désormais “habitué” à cette présence du Front National. Rares furent les réactions citoyennes au soir du 23 avril 2017. Et si les Français ont fait le choix d’Emmanuel Macron, en votant à plus de 65 % au 2d tour de l’élection Présidentielle, le Front National progresse malgré tout massivement.

La forte abstention des élections présidentielles (25,3 % pour le 2d tour) et législatives (57,36 % lors du scrutin du 18 juin, ainsi que le record de votes blancs et nuls nous laisse à penser là également qu’il y a nécessité de réconcilier des électeurs en doute avec l’action publique.

B. Les socialistes n’étaient pas prêts

Les socialistes n’ont pas su mobiliser. Comment donner confiance aux Français quand la division a gangrené tout le quinquennat ?

Les socialistes n’ont pas su se rassembler. Force est de constater qu’à l’issue du second tour de la primaire, le rassemblement n’a pas été réalisé au sein même de notre famille politique : ni par le candidat issu des primaires, ni par celui qui en a été échu. Les engagements sur l’honneur des candidats, qui ont plus tard trahi leurs engagements, ne font que renforcer le discrédit porté à la parole politique.

Les socialistes n’ont pas su assumer leur action des dernières années. Des critiques, des oppositions existèrent, elles furent légitimes et nous les avons parfois partagées. Mais beaucoup ont trop mis sous silence ce que nous avons engagé lors du dernier quinquennat et ce dont nous pouvons être fiers : parité́, fin du cumul des mandats, indépendance de la justice, transparence de la vie publique, statut des lanceurs d’alerte, ces avancées doivent constituer un socle pour regagner la confiance des citoyens, tout comme la refondation de l’école, la revalorisation des minimas sociaux, des bourses, le tiers-payant…etc. Ces sujets ne portaient pas à la polémique au sein de la gauche. Pourtant, les critiques qui ont émané ont été l’illustration que les socialistes n’étaient pas au clair sur le projet politique à porter ensemble en 2017.

Les socialistes n’ont pas accompagné au mieux le processus de désignation. La primaire, revendiquée en 2016, a finalement eu lieu. Néanmoins, les résultats des élections présidentielles nous amènent à repenser les modes de désignation. Dans une élection, à 8 tours, avec des électeurs stratèges, la légitimité du vote de la primaire ne suffit plus, puisqu’aucun candidat vainqueur de ces primaires n’a accédé au second tour de l’élection présidentielle.

Cet environnement politique n’a pas permis de mettre les bases d’un grand rassemblement de la gauche et d’une réelle mobilisation des militants sur l’ensemble des territoires. Cependant, n’oublions pas que ce sont ces primaires et cet esprit collaboratif qui ont mené François Hollande et la gauche au pouvoir en 2012. Il nous faut donc réinventer cette grande mobilisation citoyenne.

C – Notre place dans ce bouleversement du paysage politique

Fidèles à nos convictions, nous devons obtenir de réelles avancées sociales de la part d’une majorité qui veut détruire toutes celles que nous avons réalisées lors du précédent quinquennat. Soyons les promoteurs de la justice sociale et fiscale, des libertés, de l’éducation, de l’Europe, de l’environnement, des droits humains.

Notre famille politique s’est positionnée dans une opposition claire au Gouvernement d’Edouard Philippe. Les ordonnances réformant le code du travail, la loi sur l’intégration de l’état d’urgence dans le droit commun ou encore la réduction du nombre de fonctionnaires … nous poussent à affirmer notre place dans une opposition nécessaire.

Nous croyons au rôle essentiel du Parlement, de la démocratie sociale et des corps intermédiaires. Au coeur des institutions, nous devons porter nos différences et exprimer quelles alternatives nous estimons être les plus souhaitables.

Nous devons avec « la société civile », associations, syndicats, citoyens, travailler pour plus de justice et d’égalité. Il nous faut dès à présent préparer l’alternative pour un modèle social moderne par la constitution d’une sécurité sociale professionnelle pour chaque salarié, l’égalité d’accès aux soins, la refondation de l’école qui permette la réussite de chaque enfant, la lutte contre la pauvreté et contre les discriminations.

Nous devrons également associer les acteurs du monde économique pour imaginer ensemble le développement du travail et de la mobilité́ sociale tout en respectant les droits fondamentaux des travailleurs. Ces réforme de justice imposeront d’associer tous les acteurs pour imaginer une réforme profonde de la fiscalité́ qui rende l’impôt moins lourd et plus juste.

Plus qu’une opposition stérile, nous devons nous montrer responsables. Nous saurons avec discernement et lucidité participer et encourager les réformes qui nous semblent aller dans le bon sens pour notre pays et pour les français et s’opposer à d’autres.

Nous devons être les portes voix des citoyens, des acteurs économiques et sociaux. Ces forces vives innovent chaque jour et font vivre les liens sociaux, créent de nouvelles solidarités. Nous devons remettre le citoyen au cœur de toutes nos décisions.

L’intérêt général ne sera jamais l’addition des intérêts particuliers. Jeunes Socialistes, nous devons prendre part à la reconstruction de la gauche pour demain, être une alternative crédible. Ensemble, réinventons la gauche, seul un projet co-construit remportera l’adhésion d’une majorité.

2) Une nécessaire refondation pour construire l’avenir de la gauche  

A – Une étape nécessaire pour l’avenir 

Le choc des résultats de la présidentielle et des législatives a laissé notre famille dans un état de sidération. Mais, nous en sommes convaincus, l’avenir du pays passe par la gauche et il est notre devoir de reconstruire et d’avancer. Nous avons plus que jamais besoin de gauche dans notre pays.

Si nous avons été les acteurs de grandes réformes qui avaient pour objectif de tendre vers plus d’égalité, nous ne pouvons aujourd’hui nous contenter de ces années passées.

Nous devons conquérir l’espace entre la France Insoumise et La République en Marche. Nous ne devons pas vivre cette période politique comme la fin de notre parti  mais comme le début d’un nouveau cycle, autour d’un parti plus humaniste, ouvert sur la société civile, aux propositions renouvelées mais toujours attaché à l’idéal de la justice sociale.

Les jeunes socialistes ont toujours eu à cœur de défendre leurs valeurs et leurs idéaux. Il nous faudra prendre entièrement part à ce processus de reconstruction, douloureux mais nécessaire. Nous avons définitivement un rôle à jouer dans cette nouvelle ère. Mais pour cela, il nous faut être plus que jamais force de propositions mais surtout, nous unir afin de réinventer collectivement la gauche de demain.

 

B – Refonder collectivement 

La refondation d’une gauche de gouvernement responsable, solidaire, qui assume sa vocation de changer durablement la société, ne pourra exister sans une assise solide, constituée en premier lieu par ses militant.e.s.

Les aventures personnelles et solitaires ne sauraient nous sortir de l’impasse, bien au contraire, elles précipitent notre fin. Il nous faut rassembler les socialistes, au-delà des chapelles, des courants et des “baronnies” ! Osons rénover le logiciel du Parti socialiste avec notre fraîcheur militante dont il a tant besoin. Certain.e.s militant.e.s, en particulier les nouveaux.elles, sont souvent renvoyé.e.s à une Histoire de Congrès et de motions qui les dépassent, bien éloignée des raisons premières de leur engagement.

La gauche ne doit plus se diviser publiquement comme cela a été le cas sur des thématiques aussi fondamentales que la protection des travailleurs.euses, la sécurité des Français.es, l’intégration européenne, entre autres. Notre force, c’est l’identification des problèmes sociaux, le dialogue avec les citoyens qui ne bénéficient pas du système économique et social actuel et la profusion des idées pour remédier à ces problèmes. Autour de ces thématiques, nous devons nous rassembler pour les imposer au débat public et faire avancer la cause sociale. Ainsi, le parti doit se remettre au travail pour aller au fond des sujets, mettre sur la table les désaccords pour ensuite mieux établir les compromis qui changeront la société.

La dynamique collective que nous souhaitons aura besoin de pratiques rénovées. Si nos cadres ont pu répondre aux besoins des militants par le passé, ils ne permettent plus aux militants de donner tout leur potentiel et de construire collectivement quelque chose.

Les nouveaux outils numériques constituent une extraordinaire opportunité de rénover et de fluidifier nos modes de militantisme : entre les militants, entre les territoires, avec les sympathisants… Les outils numériques permettent par exemple de décloisonner les lieux de réflexion, de débats, ou tout simplement d’échange, pour faire du Mouvement des Jeunes Socialistes une organisation ouverte au progrès. Faisons de notre mouvement un lieu où l’effet de réseau est mis à contribution du plus grand nombre.

C. La place de notre mouvement dans cette refondation

La gravité du moment nous engage à être à la fois lucides sur le présent et force de proposition pour l’avenir.

Pour cela, dans un moment où tout change, le Mouvement des Jeunes Socialistes doit lui aussi changer radicalement ou il est possible qu’il disparaisse ! Ce constat n’est pas neuf et les volontés de tout modifier sont nombreuses. Si nous avons voulu accompagner les premières mesures de ce mandat, c’est qu’elles nous paraissaient prometteuses. Cependant nous ne sommes pas allés assez loin et nous sommes encore dépourvus de dynamique collective. Cette organisation reste décidément trop verticale et trop de décisions sont encore prises sans concertation avec l’équipe nationale, les fédérations, les militant.e.s.

C’est à une révolution démocratique qu’il faut préparer le Mouvement dans les mois à venir, dans une large concertation. Les militants doivent être remis au centre du fonctionnement de notre mouvement. Les résolutions fédérales sont en ce sens un premier pas, mais nous pouvons allez plus loin. L’ouverture ou la décentralisation de nos réunions nationales permettrait de poursuivre le travail engagé. Une grande consultation pourrait également être lancée afin de recueillir les attentes de nos camarades vis-à-vis de notre mouvement. Cela serait un premier pas vers la refondation.

Enfin, notre mouvement doit vraiment s’ouvrir à la société civile. Cela a déjà été fait à plusieurs reprises lors de précédents Conseils Nationaux et nous devons poursuivre en ce sens tout en encourageant les fédérations à faire de même. Grâce à ces rencontres, nous enrichissons notre socle de réflexions et de compétences et cela oxygène nos réflexions.

Face aux défis à venir et pour l’impérieux travail de refondation, nous jeunes socialistes nous devons être force de proposition pour renouveler les idéaux et  écrire une nouvelle page de l’histoire de la gauche réformiste.

***

Nous nous retrouvons dans une période incertaine et inédite. Les résultats des élections présidentielle et législatives ont été sans appel : nous sommes bien vers la fin du traditionnel bipartisme.

Il est temps d’analyser les causes internes de notre défaite. Il faut prendre le temps d’un réel travail de refondation.

Aujourd’hui, nous sommes déçus de constater que certains quittent le navire, après parfois avoir été candidat au nom du Parti socialiste et préfèrent se désolidariser au lieu de reconstruire collectivement.

Ce n’est pas le chemin que nous choisissons et chacun doit prendre ses responsabilités.

Nous attendons de notre Mouvement qu’il change profondément et nous serons acteurs de ce chantier avec envie et optimisme.

Dans le bouleversement du paysage politique actuel, nous voulons porter l’idée d’une gauche de l’émancipation, d’une gauche de gouvernement aux idées nouvelles et crédible comme force alternative au social-libéralisme et au radicalisme.