L’exigence de réussir

En cette rentrée difficile pour la gauche, marquée par l’emballement médiatique, un remaniement et des comportements inacceptables, il importe de rester conscients de la situation économique et sociale à laquelle la France et l’Europe font face, alors que l’Assemblée nationale a voté la confiance au gouvernement de Manuel Valls. Ne pas dévier pour répondre d’abord aux préoccupations des Français, notamment sur l’emploi.

La crise politique ne doit pas masquer la gravité de la crise économique et sociale

 Avec une croissance nulle au second trimestre 2014, il est désormais admis que l’objectif de 1% de croissance sur l’année 2014 ne sera pas atteint, de même que les objectifs de réduction des déficits. Ce mauvais résultat empêche surtout et d’abord à de nombreux chômeurs de retrouver du travail. Mais il faut replacer cela dans le contexte européen : l’Italie est en récession, l’Allemagne en stagnation, et l’Europe plus généralement à l’arrêt. Il serait absurde d’affirmer que cette situation est propre à la France. Plusieurs facteurs expliquent cette atonie, et en particulier, au-delà du seul angle budgétaire, un défaut de coordination des politiques économiques européennes. Sous l’impulsion des socio-démocrates européens, Matteo Renzi et François Hollande en tête, la réorientation des priorités de l’Union Européenne vers plus d’investissements et de croissance paraît indispensable, ce que le Premier ministre a rappelé dans sa déclaration de politique générale.

Le gouvernement met en œuvre une politique de réformes face à la crise que nous traversons : nous la soutenons. La lutte contre les déficits publics et le soutien à la compétitivité de nos entreprises sont nécessaires. Mais la situation économique particulièrement grave appelle également à une relance de l’investissement public et privé. Il n’y a pas d’antagonisme ; c’est une question d’équilibre. Il faut, sur ce point, saluer l’annonce faite par Mario Draghi d’utiliser l’outil monétaire pour relancer l’activité. Cela reste cependant insuffisant : les réponses à cette crise doivent aussi être politiques. Il importe donc aux dirigeants européens et aux institutions d’agir plus efficacement en ce sens, aux échelles nationales comme européennes.

Européens convaincus, nous appelons depuis des années à des politiques européennes plus ambitieuses. Cela nous paraît encore plus vital aujourd’hui. Il faut ainsi saluer la nomination de Pierre Moscovici au poste clé de commissaire européen en charge des affaires économiques et monétaires. Nous espérons qu’il saura porter nos idées au sein de la nouvelle Commission, en cruel besoin d’une nouvelle impulsion après les années Barroso. La participation à une Commission majoritairement de droite n’est d’ailleurs pas un renoncement. La voie de l’isolement serait au contraire la pire solution. Les commissaires sociaux-démocrates devront devront se réunir régulièrement pour peser en son sein.

Une rentrée politique placée sous le signe du renouvellement

La nouvelle équipe de Jean-Claude Juncker, certes dirigée par un conservateur, reste néanmoins marquée par certaines évolutions positives. La nomination de Frederica Mogherini à la tête de la diplomatie européenne en fait partie. Jeune, réformiste, elle incarne une nouvelle génération d’Européens, à l’image du renouvellement de la social-démocratie italienne et européenne. Une politique volontariste de la part de Bruxelles est attendue sur la scène internationale pour faire face aux nombreux défis auxquels la communauté internationale est confrontée, en Ukraine, au Proche et Moyen-Orient, et en Afrique. Une plus forte intégration européenne en matière de sécurité, de défense et de diplomatie est, pour nous, une des priorités des années à venir.

Le renouvellement est aussi à l’œuvre en France. La promotion de Najat Vallaud-Belkacem et de Fleur Pellerin, ainsi que les nominations d’Emmanuel Macron, de Matthias Fekl et de Myriam El Khomri à des postes clés sont les preuves de la volonté du chef de l’Etat de faire émerger une nouvelle génération aux responsabilités. Nous saluons ce choix de la compétence et du renouvellement qui appelle à d’autres changements et ouverture pour intégrer pleinement les jeunes générations aux responsabilités publiques.

Les socialistes ne doivent pas surjouer leurs différences

Ce remaniement, qui a suscité tant de commentaires, nous paraissait cependant inéluctable. Après les sorties du ministre de l’économie à Frangy-en-Bresse, Manuel Valls avait le devoir de prendre ses responsabilités pour davantage de clarté et de cohérence. La responsabilité commande, comme le dit le Premier Secrétaire du Parti Socialiste, de « ne pas surjouer les différences ».

La gauche doit rester unie, malgré ces nuances. Certes, un soi-disant malaise au sein de notre famille politique a pu être exposé à l’occasion de l’université d’été du PS et du MJS à La Rochelle. Nous fustigeons les méthodes de communication de certains qui ne font qu’afflaibir la gauche qui gouverne. Les socialistes ont le devoir de soutenir le Président de la République et le gouvernement sans s’interdire d’exprimer des nuances ou des réserves. Mais notre ambition reste de nourrir la gauche de nos analyses et de nos propositions pour allier au nécessaire pragmatisme une vision de la société à moyen et long termes, celle qui permet à la gauche d’engager la transformation sociale.

Ce débat est naturel et doit évidemment exister au sein de la majorité. Mais il est excessif et irresponsable, comme l’on fait certaines fédérations du MJS, de se proclamer « en résistance » contre le gouvernement. Manuel Valls l’a rappelé : il n’y a pas de politique d’austérité en France. Le nombre de fonctionnaires est préservé, les prestations sociales sont maintenues et de nombreuses actions sont faites à l’égard, notamment, des plus fragiles. Sans s’interdire de débattre, les socialistes doivent assumer les responsabilités qu’implique le fait de gouverner.

Demain, les états généraux des socialistes, lancés par Jean-Christophe Cambadélis en août, vont nous permettre de débattre sur les enjeux d’avenir comme sur notre propre identité et nos pratiques politiques. Nous appelons chacun à y participer activement, et nous y prendrons d’ailleurs part, notamment sur la question de la priorité jeunesse.